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Projet de Charte des 2RM : lettre de Vélorution à Nicolas Sarkozy et à Dominique Perben
mercredi 5 avril 2006, par PhC

Messieurs les Ministres,

Le Maire de Paris, M. Bertrand DELANOË, vous a écrit hier 4 avril pour vous proposer d’organiser, dans les prochaines semaines, la signature d’une charte des deux roues motorisées à Paris élaborée par la Ville de Paris, les associations de motards et la préfecture de police.

Cette lettre est motivée par la prise de position qu’aurait prise, lors d’une rencontre avec la Fédération Française des Motards "en Colère", le Ministre des Transports en faveur du dépassement des motos entre files de voitures.

En tant que cyclistes, nous n’avons bien sûr pas d’avis à formuler sur cette partie de la charte, d’autant plus qu’elle semble surtout concerner les pratiques de circulation sur le boulevard périphérique de Paris. Tout juste peut-on s’étonner de voir le Maire de Paris s’appuyer, pour vous demander d’envisager une expérimentation de cette pratique, sur le fait qu’elle serait "couramment exercée sans faire l’objet de sanctions". Ce type d’argument est celui couramment utilisé par les motards "en colère", non seulement pour la remontée de files, mais aussi pour diverses autres pratiques, dont la circulation dans les couloirs bus-vélos, très dangereuse pour les cyclistes et qui a pour conséquence de décourager les cyclistes potentiels d’utiliser ces voies.

Nous avons par contre des observations à formuler au sujet de deux autres éléments de la charte, qui concernent plus directement les cyclistes, rapidement évoqués dans la lettre du Maire de Paris :

1/ "Ce document formule des recommandations en vue d’améliorer la cohabitation entre les conducteurs de 2 roues motorisés et les autres usagers de l’espace public."

Dans la seule version de ce texte dont nous ayons eu connaissance (celle soumise à ses adhérents, sur son site, par la Fédération Française des Motards "en Colère"), figurent des recommandations réciproques entre cyclistes et usagers de deux roues motorisés. Nous avons proposé à la Ville de pouvoir co-rédiger ces recommandations, apparemment écrites par les seuls motards qui, on ne s’en étonnera pas, ont plus de recommandations à formuler aux cyclistes (sept) qu’aux motards (trois !). D’après nos informations, l’avis des autres catégories d’usagers de la voirie, eux aussi objets de recommandations réciproques, n’a pas été sollicité.

2/ "Il rappelle les règles de stationnement pour les motos et confirme l’engagement de la Ville de Paris dans un programme ambitieux de création de places sur voirie"

La version déjà citée de ce texte prévoit également l’implantation de places de stationnement pour deux roues motorisés sur les trottoirs, donc là aussi en contradiction avec le code de la route. Cette disposition, étonnante par rapport à l’image que se donne généralement la municipalité parisienne, amène les motards à stationner, mais aussi à circuler sur les trottoirs, comme les y incite l’aménagement expérimental réalisé par la Ville de Paris devant le 91 du boulevard Haussmann, ce qui a motivé une manifestation pacifique de cyclistes le 3 décembre dernier.

Nous avons à plusieurs reprises demandé à la Ville de Paris de pouvoir formuler des propositions de modifications de cette charte, en particulier les parties concernant les cyclistes, ce qui nous a toujours été refusé. Nous n’avons même jamais, malgré nos demandes, pu prendre connaissance de ce projet de charte.

Nous vous demandons donc, avant toute signature, de rendre public ce projet afin que toutes les catégories d’usagers de la voirie puissent en prendre connaissance, et formuler leurs avis sur ce texte, qui ne concerne pas les seuls motards. Peut-on par exemple envisager que les règles de dépassement entre motards et automobilistes soient déterminées par une association représentant les premiers ("en colère") sans que les associations représentant les seconds en aient été informées et leur avis sollicité ?

Plus généralement, nous nous interrogeons sur l’opportunité de ce texte, qui ne traite que d’un type d’usagers de la voirie et ne s’inscrit pas dans une réflexion systémique du type de celle développée par le Conseil National des Transports, notamment dans l’excellent rapport "Une voirie pour tous - Sécurité et cohabitation sur la voie publique au-delà des conflits d’usage". La réunion du groupe de travail réunissant élus, associations et représentants de l’État sur le concept de "Code de la Rue", qui doit avoir lieu aujourd’hui même au Ministère des Transports, permettra certainement de percevoir la richesse d’une approche globale et négociée des problèmes liés aux conflits d’usage de la voirie.

Comme beaucoup de représentants des usagers de la voirie, nous pensons préférable de privilégier cette démarche, qui prend en compte dans toutes leurs interrelations les différents acteurs, plutôt que d’écrire des textes différents pour chaque catégorie d’usagers.

Nous vous prions de croire, Messieurs les Ministres, à l’assurance de notre considération distinguée.

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