18h24 nous sommes quelques uns un peu en avance. C’est calme, quelqu’un distribue des drapeaux qu’on installe sur nos vélos pour se rendre plus visibles.
18h32 : L’heure dite pour commencer à tourner, nous nous élançons sur l’Etoile, direction le centre de la place. Le programme est très clair : on va tourner en rond pendant une heure, jusqu’à 19h30, et comme ça...il ne va rien se passer, preuve que ça ne sert ça rien de tourner en rond.
Ce n’est pas si simple de tourner en serrant le rond central. L’Etoile c’est grand mais la place est chère et les automobilistes pressés de rentrer. Visiblement, la « journée sans MA voiture » ce n’est pas encore « la journée du vélo », ce serait plutôt « la journée avec la voiture de mon voisin », pourvu que ce soit en voiture.
18h46 : le flot des cyclistes grossit, débouchant de toutes les grandes avenues. Plus nombreux, l’ambiance devient rigolarde, c’est que ça a de la gueule l’arc de triomphe. Ca tourne, un coup la Défense à l’Ouest, un coup l’Obélisque de la concorde coté Est.
Les automobilistes sont bien décidés à ne pas nous laisser l’intérieur, il faut être vigilant, certains motorisés en font une affaire personnelle.
19h02 : Quelqu’un compte, on serait 150, mais les voitures sont aussi très nombreuses. Soudain un groupe s’arrête de tourner, apparemment il y a un désaccord avec un véhicule motorisé. Alors tout le monde s’arrête à coté du premier groupe et...les voitures se retrouvent bloquées derrière. Les piétons nous regardent, hésitent, et puis traversent à pied la place, puis retraversent, et traversent encore.
19h06 : Ca fait bientôt quatre minutes que nous sommes arrêtés, les voitures deviennent hystériques. Certains ont anéanti leur klaxon à force de l’enfoncer dans le tableau de bord, des motards font hurler leur moteur preuve d’une évidente frustration eut égard à leur vitesse moyenne. L’heure ne semble pas être au dialogue constructif, nous repartons tourner. Mais un quart de tour plus loin, la place est complètement saturée d’engins motorisés en train de polluer à zéro kilomètre heure.
19h10 : le serpent se mord la queue, l’Etoile est complètement refermée sur elle-même. Certains motorisés tentent de forcer le passage, il y a des accrochages avec des vélos ( sans gravité au final, ouf !). Nous sommes bloqués derrière les voitures, et les voitures derrière nous.
19h12 : On ne peut plus tourner en rond, on veut partir, direction les Champs Elysées, trouver un café où se détendre. Au lieu d’un troquet bien douillet, c’est bien quatre cars de gendarmes qui sont à l’angle avec les champs.
Un groupe en tête se fait arrêter au bas des Champs Elysées, à presque 600 m de l’Etoile. Les autres cyclistes se font cueillir un à un en sortant de l’Etoile, après avoir quitté d’eux-mêmes le rond point.
19h32 : le motif de l’arrestation serait « entrave à la liberté de circuler », le programme de la soirée n’est pas très clair : nous partons au poste, c’est sûr, mais pourquoi faire, c’est moins sûr.
Pour tuer l’ennui, des CRS démolissent quelques drapeaux pas assez jolis à leur goût, il nous est interdit de téléphoner, même pour dire qu’on sera en retard pour la soupe.
20h20 : nous sommes 15 personnes dans le commissariat et 45 attendant dans le bus devant ( qui bloque tranquillement la rue du Faubourg St Honoré sans que personne ne klaxonne). Les deux brigadiers n’ont pas l’air emballés à l’idée de faire 60 interrogatoires, on attend les ordres, on tape la causette avec les gendarmes qui nous assurent "chez moi je fais du vélo, mais à Paris pas question ! C’est trop dangereux, y’a trop de voitures"
20h30 : les ordres enfin : au final relevé d’identité et basta. Il faudra quand même attendre 22h00 pour qu’il soit terminé.
22h23 : retour devant le commissariat du rond point des Champs où on doit retrouver nos vélos. Mais là, ca coince, car d’abord il faut attendre qu’on les ramène de l’Etoile.
23h10 : nos vélos ! nos vélos ! Ils sont là, dans le camion, mais aie, avant de les récupérer il va falloir les identifier, un à un. Et ça va prendre....le temps que ça prendra.
Minuit 45, le 23 septembre : Ca y est, la journée sans voiture devenue « jounée sans mon vélo » est finie, le dernier d’entre nous récupère son biclou, et bye bye les champs, retour maison.
Moralité, pour "la journée sans ma voiture", nous avons obtenu une nouvelle ligne de Bus gratuite entre l’Etoile et le commissariat du 8ième. Le début d’une vraie alternative à la bagnole ?
