L’enquête photographique que Vélorution a proposée aux cyclistes à Paris le 19 avril 2007 a suscité beaucoup de réactions, parfois des incompréhensions, auxquelles nous tentons ici de répondre.
Pourquoi êtes-vous contre la Charte des deux-roues motorisées ?
Dans cette Charte, la Mairie de Paris promet de donner de l’espace piéton aux motos pour des parkings, en "échange" d’engagements impossibles à faire respecter et vérifier. Or, on sait que fournir des places de parking supplémentaires, que ce soit pour des voitures ou des motos, est un appel d’air pour augmenter l’utilisation de ces véhicules. Et, fondamentalement, nous pensons au contraire qu’il y a trop de voitures et de motos à Paris, et qu’il faut tout faire pour les empêcher de rouler et de s’arrêter, à terme, pour en éliminer le plus grand nombre.
Avez-vous été associés à l’élaboration de cette Charte des 2RM ?
Non, malgré nos demandes depuis plus d’un an. Nous savions en effet par des "fuites" organisées par la FFMC qu’il était question dans ce texte du comportement des cyclistes, et qu’il y avait un enjeu sur l’utilisation des couloirs de bus.
Pourquoi avez-vous prétendu vous substituer à la police lors de votre action du 19 avril ?
Contrairement à ce qu’a pu laisser entendre la presse, ce n’était absolument pas le sens de notre action. Nous avons presque été amusés de voir comment des paroles que nous n’avons jamais prononcées ont été aléatoirement attribuées à ceux d’entre nous qui étaient présents... Nos communiqués de presse reflètent beaucoup plus justement ce que nous pensons.
Voulez-vous obtenir une Charte pour les vélos ?
Non, nous ne voulons pas de Charte pour les vélos, nous voulons un Code de la rue. Nous avons déjà dénoncé, au moment de la campagne de la Ville de Paris, l’approche moralisante et contre-productive qu’ont certainEs de la sécurité routière. On ne traite pas ces questions à coup de bonne volonté et de promesses d’être gentilLEs, mais en agissant au niveau structurel des équipements et des règlements. C’est ça que nous pointons en parlant de Code de la rue.
Prétendez-vous que les vélos sont plus respectueux du Code de la route que les deux-roues motorisés ?
Ni plus, ni moins. Chaque catégorie d’usagers de la voirie prend des libertés, qu’elle estime justifiées, par rapport au Code, et juge sévèrement celles prises par les autres. Mais, à notre connaissance, aucune association de cyclistes n’a signé de charte qui prétende améliorer le comportement des cyclistes. Le jour où ce sera le cas, une association de piétons ou de n’importe quels usagers de la rue pourra tester le sérieux de ces engagements.
Considérez-vous que les vélos sur les trottoirs sont un problème ?
Oui, mais nous considérons surtout qu’il ne faut pas isoler les problèmes : bon nombre de cyclistes qui circulent sur les trottoirs le font parce qu’ils ou elles ne se sentent pas en sécurité sur la rue, dans les couloirs de bus ou sur les pistes.
Et il ne faut pas négliger l’effet psychologique négatif des pistes cyclables aménagées (dessinées serait plus exact) sur les trottoirs au lieu d’être pris sur l’espace des voitures. Ces aménagements entretiennent la guerre entre modes de circulation doux, et nous avons toujours protesté contre. Mais le résultat est que les piétons croient être sur un trottoir, et ne comprennent par que des vélos y circulent.
Beaucoup de 2RM circulent également sur les trottoirs, quand ils parcourent une certaine distance pour aller s’y garer, qu’ils doublent une camion de livraison ou remontent un sens interdit.
Les motards n’ont-ils pas de problèmes de sécurité, eux aussi ?
De même que les cyclistes sont autorisés à le faire, les 2RM demandent, pour leur sécurité, à pouvoir circuler dans les couloirs de bus. C’est sans doute intéressant de leur point de vue mais ils et elles ne prennent pas alors en compte la sécurité des cyclistes.
D’autant que les problèmes de sécurité ne sont pas du tout les mêmes : les cyclistes ont des problèmes car ils sont moins rapides que le trafic et se font doubler. Alors que les motards demandent des voies spéciales pour être plus rapides que le trafic. C’est la vitesse excessive des 2RM qui est cause de leur insécurité.
Alors, comment régler ces problèmes ?
Toutes ces questions font système, il ne faut pas essayer de les traiter séparément. C’est principalement cette approche catégorielle (clientéliste ?) que nous dénonçons. La bonne approche est une approche type Code de la rue.
