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FNAUT : port du casque par les cyclistes urbains
lundi 8 octobre 2007

Diffusé le 8 octobre 2007

Monsieur le Ministre d¹Etat,

A la fois association de consommateurs agréée par l¹Etat et association de défense de l¹environnement, la FNAUT travaille, depuis sa création en 1978, à la définition et à la promotion d¹une politique des transports conforme aux exigences économiques, sociales et environnementales du développement durable. Elle se préoccupe du développement des transports collectifs mais aussi de l¹usage des modes non motorisés, en particulier du vélo, au sujet duquel elle est intervenue énergiquement au sein de l¹atelier transport du Grenelle de l¹environnement.

Nous venons d¹apprendre que le gouvernement s¹apprête à rendre obligatoire le port du casque à vélo. Une telle mesure, qui n¹a été adoptée par aucun des pays européens voisins connus pour le succès de leurs politiques cyclables, nous semble inutile, anti-pédagogique et même contre-productive.

-  Les cyclotouristes et cyclosportifs roulent souvent à vive allure et, surtout s¹ils se déplacent en peloton, ont intérêt à porter un casque qui les protège en cas de chute ou de collision avec un obstacle fixe. Le cas des cyclistes urbains est bien différent car ils roulent pour la plupart à allure lente ou modérée. Contrairement à une idée reçue, l¹usage du vélo urbain n¹est pas dangereux, et les lésions crâniennes ne sont pas plus fréquentes chez les cyclistes urbains que chez les piétons que personne ne songe à équiper d¹un casque. L¹explosion de la pratique du vélo dans les villes d¹Italie du nord et plus récemment à Lyon et à Paris n¹a d¹ailleurs été accompagnée d¹aucune aggravation de l¹insécurité, bien au contraire.

C¹est l¹usage des deux-roues motorisés qui présente de graves dangers, et ce sont ces dangers qui doivent être appréhendés en priorité car le nombre de motocyclistes et scootéristes augmente rapidement en ville.

-  L¹obligation du port du casque serait antipédagogique. Il faut au contraire agir sur le comportement, souvent agressif, de l¹automobiliste, l¹inciter à respecter les usagers les plus vulnérables de la voirie.
-  Selon une étude britannique récente, l¹obligation du casque pourrait au contraire être un facteur de risque pour les cyclistes : en effet, l¹automobiliste prend moins de précautions lorsqu¹il double un cycliste casqué, considéré comme moins vulnérable qu¹un cycliste non casqué.

Un psychologue britannique l¹a vérifié dans les rues de Salisbury et Bristol : à l¹aide d¹un capteur de distance et d¹un ordinateur montés sur son vélo, il a enregistré 2500 dépassements par des automobilistes, la moitié casqué, l¹autre moitié tête nue. Le port du casque réduit la distance de dépassement de 8,5 cm. Sa conclusion : le casque est utile pour les jeunes enfants et en cas de chute à vitesse réduite, mais il rend aussi une collision plus probable.

-  L¹expérience a montré que l¹obligation du casque, accessoire encombrant, peu esthétique et facile à voler, décourage l¹usage du vélo (la quasi-obligation de l¹antivol est une contrainte suffisante). En Australie, exemple bien connu des spécialistes, elle a provoqué une désaffection immédiate, de l¹ordre de 30%. L¹obligation du casque est par ailleurs contradictoire avec les efforts des collectivités locales et des entreprises, à travers les plans de déplacements d¹entreprises, pour promouvoir l¹usage du vélo.

-  La sécurité des cyclistes dépend essentiellement de la place qui est accordée par les collectivités locales à la voiture et des vitesses autorisées aux automobilistes. Une enquête de la DSCR a montré que le nombre des cyclistes tués a diminué de 30% entre 1992 et 2001 alors que la diminution de la mortalité n¹a été que de 15% pour l¹ensemble des usagers de la voirie : selon elle, cette évolution n¹est pas due à la diminution du nombre des cyclistes pendant cette période, mais à l¹extension des aménagements cyclables urbains et périurbains. A Amsterdam ou Ferrare, les cyclistes ne portent pas de casque : les aménagements de la voirie suffisent à les protéger.

En conclusion, l¹usage du vélo, mode de déplacement respectueux de l¹environnement, bien adapté au milieu urbain par son faible encombrement et excellent pour la santé, doit être encouragé, en particulier chez les jeunes, et non découragé par une mesure inutilement contraignante, dogmatique car elle ne s¹appuie sur aucune base scientifique sérieuse (comme l¹obligation d¹utiliser les codes de jour, qui a échoué et dont heureusement on ne parle plus), et technocratique car elle néglige ses conséquences sur le comportement des cyclistes quotidiens, qu¹il ne faut pas confondre avec les cyclotouristes. Il y a des mesures, directes et indirectes, à prendre plus efficaces pour améliorer la sécurité des cyclistes que l¹obligation du casque et, pourquoi pas, d¹une armure. L¹Etat peut ainsi lancer une vaste campagne incitant les cyclistes à s¹équiper d¹un éclairage correct. Il peut accélérer l¹adoption d¹un code de la rue, selon le modèle belge, afin de protéger les usagers les plus vulnérables de la voirie urbaine. Enfin il peut multiplier les radars automatiques, et décider un abaissement général des vitesses de 10 km/h sur le réseau routier, mesure recommandée par l¹atelier transport du Grenelle de l¹environnement, qui a fait l¹objet d¹un consensus parmi les participants.

Vous remerciant de votre attention, je vous assure, Monsieur le Ministre d¹Etat, de ma haute considération.

Jean Sivardière

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