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Lettre à Laurent Wauquiez, Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi
jeudi 9 octobre 2008

Monsieur le Ministre,

Vélorution a été profondément heurtée par votre déclaration à la presse, le 29 septembre 2008, dans laquelle vous soutenez "... qu’un demandeur d’emploi qui n’a pas de permis de conduire, pas de voiture ou pas de scooter pour se déplacer, ne peut chercher une offre d’emploi que dans un périmètre de 3 Km autour de sa maison..." et c’est pourquoi, vous proposez de « faciliter l’obtention du permis de conduire et le prêt d’un véhicule » aux demandeurs d’emploi. Nous imaginons que vous vous appuyez, une nouvelle fois, sur "l’étude" produite par l’Institut pour la Ville en Mouvement, dont notre association a déjà dénoncer le travail de lobby pro-bagnole.

Sauf votre respect, votre analyse manque totalement d’envergure, comme beaucoup d’analyses politiques liées aux transports, puisqu’elle place les véhicules motorisés comme principaux facteurs d’intégration sociale et économique ce qui est aberrant sous de nombreux aspects.

Tout d’abord, vous en conviendrez, le problème de la mobilité des travailleurs est surtout lié à une disparité entre les zones de logement et les zones de travail. Il faudrait donc, avant de parler de droit à la mobilité, parler du droit à la centralité. Est-il normal que certaines zones urbaines ne dispose pas de commerces, ou d’infrastructures liées à l’éducation ou à la santé par exemple ? Est-il normal que certaines zones commerciales ne soient accessibles qu’avec une voiture, pénalisant ainsi qui n’en dispose pas ?

Il est vrai que dans certains cas les engins motorisés peuvent être d’une aide précieuse pour le retour à l’emploi, dans des zones rurales ou très décentrées, mais dans les grandes villes qui sont saturées leur efficacité est très contestable. De plus les engins motorisés sont une source d’aliénation, contrairement au discours politique ambiant. Quand on est « travailleur pauvre » a-t-on intérêt à posséder un véhicule qui représente parfois à l’achat et à l’usage plus d’un tiers du salaire ? Nous ne sommes plus dans les Trente Glorieuses et il est temps que la voiture ne soit plus considérée comme un critère déterminant d’intégration sociale, de liberté, ou de réussite.

Est-il bien raisonnable de vouloir continuer à développer les modes de déplacements polluants à tout prix ? Les annonces politiques devraient se faire avec toujours un minimum de considération environnementale et de raison, d’autant plus que les lobbies pétroliers et industriels n’ont pas besoin de l’action du gouvernement pour convaincre les citoyens que les engins à moteur sont une solution incontournable. C’est à se demander l’utilité du Grenelle de l’environnement lorsque de telles solutions sont proposées.

Nous comprenons que dans le contexte économique actuel, vous ressentiez le besoin d’annoncer des mesures qui semblent aller dans le sens d’une amélioration de la situation de l’emploi en France. Mais lorsque celles-ci sont économiquement, écologiquement et humainement irraisonnées, et ne font que reprendre certains clichés, sont-elles vraiment nécessaires ?

Vous pourriez par exemple annoncer la création d’une aide pour tout salarié qui souhaiterait acquérir une bicyclette pour se rendre à son travail, comme cela se fait déjà en Belgique par exemple. Les employeurs franciliens ont déjà l’obligation de payer la moitié du titre de transport de leurs salariés pourquoi ne pas étendre cette mesure aux moyens de déplacements doux ? Cette aide pourrait prendre la forme d’une indemnité kilométrique par exemple. Vous pourriez aussi oeuvrer à l’amélioration des conditions de transports pour tous les usagers des transports en commun et pour les cyclistes qui souhaiteraient mettre leurs vélos dans les trains, afin de combiner deux modes de déplacement.

En novembre dernier, nous avons félicité Mme Christine Lagarde, Ministre de l’Economie et des Finances, lorsque, dans une interview au Parisien-Aujourd’hui en France, elle avait invité les Français à utiliser leurs bicyclettes. Mais votre déclaration nous enthousiasme beaucoup moins.

Votre proposition reste dans les sentiers battus, et ne fait que reprendre des idées qui ont déjà montré leurs limites, alors que d’autres, faciles à mettre en œuvre, moins coûteuses, et efficaces, demeurent ignorées, voire ne sont pas prises au sérieux.

A bicyclette, en roller ou en trottinette, Monsieur Wauquiez, 3km se parcourent en 9 min ....

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