Paris sur la voie romaine ? Pour son plan d’« allégement de la circulation dans les quartiers centraux », Paris est séduit par le modèle de la capitale italienne. Objectif : réduire à l’horizon 2010-2012 le trafic d’environ 25 % dans les quatre premiers arrondissements de Paris. Et ce, en interdisant les voitures des « non-résidents » qui transitent aujourd’hui dans le coeur historique. De quoi rendre l’air plus respirable là où la pollution est la plus concentrée. « Nous avons demandé une étude au cabinet MVA qui a réalisé le péage de Londres. Il penche d’ores et déjà pour un système à la romaine où les plaques minéralogiques des voitures autorisées ou interdites sont identifiées par des caméras, au passage de portes électroniques (et verbalisées si infraction, ndlr) », explique Denis Baupin, adjoint Vert aux transports. « L’échelle et la densité du centre de Paris supérieures à celle de Londres rendent la solution du péage mal adaptée », confirme Jacqui Dunning, du bureau londonien de l’agence.
Boboïsée. La révélation par le Journal du dimanche des mesures envisagées pour diminuer, en trois phases, le trafic à Paris a provoqué une levée de bouclier du lobby automobile. Et réveillé le spectre d’une capitale piétonne et boboïsée, qu’un urbanisme malthusien (la construction d’immeubles de bureaux de plus de 37 mètres de hauteur a été repoussée) couplé à une limitation drastique de la circulation, transformerait en musée chic et cher. « J’entends que l’on va fermer les quartiers centraux. Mais ce n’est pas ça ! Pour la ville, il s’agit de diminuer la circulation. La première phase 2007-2008 comprend des mesures classiques. Ensuite, pourquoi s’interdire de mettre en oeuvre, dans cinq ans, un dispositif déjà en place à Rome ? Ne laisser circuler que ceux qui en ont besoin : ce n’est pas hypersélectif et n’a rien de révolutionnaire. Nous ne sommes pas des ayatollahs antivoitures ! A chaque Paris-plage, Delanoë rappelle que les voies sur berge seront un jour fermées au trafic : ce n’est pas un scoop », clame Baupin. Qui précise que seuls 5 % des Parisiens font leurs achats en voiture, que 80 % se déplacent autrement, et que 60 % des banlieusards se rendent à Paris en métro et en bus. Et que Delanoë n’est pas « l’otage des Verts ».
Contresens. Baupin doit rencontrer la semaine prochaine le nouveau préfet de police pour négocier un catalogue d’autorisations : double sens sur les grands boulevards, contresens cyclable... L’ensemble du projet sera soumis à concertation à l’automne, lors de l’élaboration du plan de déplacement de Paris. La ville est déjà dans les starting-blocks pour propulser ce document, prévu dans la loi de décentralisation d’août 2004. Il aura l’avantage d’obliger Paris à réfléchir sur la cohérence de sa politique de déplacements et sur les conséquences économiques et sociales, au-delà de l’amélioration du cadre de vie très populaire chez les électeurs. Il ne concernera pas seulement le « centre vitrine » mais aussi les quartiers « faubouriens », du Ve au XIe arrondissement, comme périphériques, du XIIe au XXe : de quoi inciter Paris à plus de concertation avec la banlieue. Pour l’heure, les travaux (tramway des Maréchaux, boulevards « civilisés » de Rochechouart, Magenta) retournent la chaussée dans tous les sens.
