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"Libération", mardi 12 avril 2005
La banlieue ronge son frein
mardi 12 avril 2005, par PhC
Les communes limitrophes de Paris déplorent le manque de concertation de la mairie.

Ce matin, André est bloqué dans les embouteillages, sur les quais de la Seine. Il se rend à la mairie de Paris. Il a un peu de retard. Dans la capitale, il pense que, « tout d’un coup », on en a trop fait. On, c’est Delanoë, le maire de Paris. « On a tout mis en même temps. Il fallait pas trop charger la mule, résultat : on va rejeter les automobilistes trop loin. » André l’assure, quand « on » s’y est mis, à Paris, par « idéologie », « on » n’a pas tenu compte des banlieusards. Question circulation, André a un stock de bons mots qu’il recycle à cette occasion. Comme : « On nous transporte, on nous roule. » André, c’est André Santini, maire UDF d’Issy-les-Moulineaux. Ce matin, le seul créneau trouvé pour répondre aux questions, c’est depuis sa voiture. Santini a un objectif dans sa ville : faire baisser la circulation de transit, une « nuisance » qui a augmenté depuis la nouvelle politique de Delanoë. Les refusés de Paris se retrouvent en petite couronne... qui voudrait bien les renvoyer encore plus loin.

« Gourmande ». Les élus de banlieue sont d’accord sur le constat parisien : la voiture pollue la ville. Elle est bruyante. « Gourmande » en stationnement. Cet adjectif est de Bernard Goducheau, maire de Vanves (UMP, Hauts-de-Seine). Goducheau trouve que dans cette matière, on manque d’originalité. A Paris et autour, le sous-sol est blindé, le rail congestionné, la route débordée. Son idée : utiliser la voie des airs. Une idée « folle », le téléphérique urbain. « Ma proposition est cohérente », dit-il. Il ne condamne pas le choix de Paris, au contraire. Chez lui aussi, l’heure est à « la préférence piétonne ». Il augmente le nombre de places payantes en stationnement pour décourager les ventouses, les autos qui ne quittent pas ou peu leur stationnement. Il n’a plus d’espaces pour des parkings. Goducheau, pendant ses permanences, reçoit des clients d’un genre nouveau. Ils lui disent : « Je ne sortirai pas d’ici tant que vous ne m’aurez pas trouvé une place de stationnement. » Le maire de Vanves parle aussi des « dégâts collatéraux » causés par les choix parisiens. Il regrette l’absence de concertation, réclame une politique « régionale » pour la politique du stationnement. « D’une commune à l’autre, les modalités sont différentes, c’est aberrant. » Pourtant, Goducheau a un exemple de bon fonctionnement avec la capitale. Les huit hectares de Paris expo, porte de Versailles (XVe arrondissement). « Depuis qu’on s’est mis autour d’une table, on a réussi à provoquer une baisse des nuisances », et moins de circulation.

A Vincennes, aussi. Le sentiment qui domine est de ne pas être associé aux décisions parisiennes, d’assister à des réunions « sans être écouté ». Ici, la circulation douce est depuis longtemps au centre des préoccupations. Seulement, il y a cette route qui traverse le bois ­ fermée depuis la tempête de 1999 ­ que la mairie voudrait bien voir rouverte. Elle permettrait d’alléger la circulation. Mais Paris fait la sourde oreille. Et puis, à Vincennes (mairie UDF), on s’est plié à « l’imperium parisien » comme le qualifie Santini. Le stationnement résidentiel est devenu « obligation » depuis que Paris s’y est mis. « On y réfléchissait, dit la mairie. On ne pouvait que prendre cette décision. »

Force. Y a-t-il d’autres voies ? « Si on veut poser la question et y répondre, il faut prendre le taureau par les cornes », lance Patrick Braouezec, président (PC refondateur) de la communauté d’agglomération Plaine Commune, en Seine-Saint-Denis. Pour lui, le passage en force parisien semble nécessaire. De son bureau, Braouezec aperçoit le Sacré-Coeur et l’A 86, où dit-il, « c’est complètement bouché ». Il ne comprend pas que des gens passent dans leur voiture plus de trois heures par jour. Les huit communes de l’agglomération qu’il préside sont préoccupées par la diminution des nuisances. Mais, ce qui semble l’inquiéter, c’est le devenir ­ et le financement ­ des projets de transports en commun : tramway, prolongement de ligne de métro (12 et 13) création d’une tangentielle Nord... Ainsi, il se demande si le tramway des Maréchaux est la priorité des priorités. « Le problème, dit-il c’est de banlieue à banlieue ou de banlieue à Paris. » Pour lui et les autres communes, on ne peut pas laisser faire Paris. La question du transport doit être comprise « dans le cadre du schéma directeur de l’aménagement de la région Ile-de-France ». Et il hasarde cette question : « Y a-t-il d’autres pôles de centralité autour de la capitale ? » En d’autres termes, Paris doit-elle rester l’unique centre ?

http://www.liberation.fr/page.php ?Article=288993
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