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Bouba (6)
jeudi 4 février 2010

Le lendemain, Bouba se leva solaire, radieux. Marcel avait fait le café. Dehors l’hangar, le jour se la jouait aussi genre solaire, radieux. Bouba se servait déjà sa seconde tasse que Marcel l’interrogeait : « Alors, aujourd’hui conférence de paresse ? » Zyeux ronds et café renversé furent la réponse. Marcel regretta, mais dut s’expliquer, en plus. Bouba haussa les épaules : « J’ai dit ça parce que j’étais en colère. » Et l’affaire prit l’air d’être enterrée. Au cinquième café, Bouba sortit avec sa tasse et alla s’allonger dans l’herbe face au soleil goûter les décharges allègres des marteaux-piqueurs de la caféine.

La première journaliste fut une fourmi dont les conclusions allaient dans le sens qu’il n’était pas encore comestible, un peu gros mais pas gênant.

Une autoroute de fourmis passait juste devant, il émietta un bout de gâteau. La rentabilité de ce geste l’enchanta. Comme Bouba recommençait... Insidieux, humant l’air de rien, à peine biaisant et craintif arriva le museau du chien de 9h47. Bouba lui lança le restant du gâteau. Le chien alla l’avaler, puis se coucha sur le point de sa chute, l’air d’absolument rien, l’air de ne pas dire :

_Une conférence de paresse, non, je n’ai entendu parler de rien... des gâteaux ?... Non, qu’est-ce que c’est, des gâteaux ?...

Bouba était content, comme chaque fois, que le chien de 9h49 ait encore échappé aux rafles extraterrestres, mais comme chaque fois, le compromis social qui en découlait entre eux n’était pas parfaitement aseptisé ni indolore.

_Moi non plus, ch’rai plus là quand y z’auront fait le monde une salle de bains !

Le chien eut un long frémissement inquiet et regarda encore plus ailleurs. Bouba lui lança un autre gâteau, manière de transformer cet arc trop tendu en métronome heureux, un peu au moins. D’ailleurs, à 9h53, le chien se dissout.

Les fourmis avaient déjà embarqué 27,8 % des miettes. La conférence de paresse, c’était visiblement pas leur truc. Mettons qu’elles y représentaient l’opposition. D’ailleurs, au delà, il y avait les marais, la plage, la mer, le ciel, l’horizon entre, pour pas qu’ils se mélangent, et ça, les fourmis, ça les concernait pas du tout. La conférence de paresse, par contre en bénéficiait d’autant. Bouba s’étira bienêtreusement en se demandant combien de jours pouvait durer une conférence de paresse. La réponse fut généreuse et froide. Bouba éprouva cette brève glaciation du sang qui accompagne la rencontre du ssserpent. Effectivement, pour lui, la conférence pouvait durer des mois. Sa présence donnait énormément de précision aux choses. Une précision froide, laquée. Bouba n’avait pas peur du ssserpent, il appréciait partager son temps, mais la conférence de paresse objecta que le soleil, à ce moment avait la tiédeur imprécise d’un poussin au réveil. Le ssserpent glissa ailleurs, dédaignant ces notions de bien-être floconneux.

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