
Monsieur le Préfet,
Vous êtes en charge d´édicter la réglementation en matière de pollution pour Paris et l´Ile de France. Depuis 1996, la loi sur l´air vous imposait de réaliser un plan de protection de l´atmosphère. Ce projet voit enfin le jour. Mais que contient-il ? Peu de choses. Quelle déception !
Ce projet, peu modifié à l’issue de cette phase de consultation, est désormais soumis à enquête publique.
Nous regrettons vivement que l’information sur cette procédure de consultation n’ait pas fait l’objet d’une communication plus large et surtout que ce document n’ait pas été sensiblement remanié pour le rendre plus accessible à toutes et à tous.
Celui ci ne répond toujours pas à nos attentes.
En effet, ce projet manque d´ambition, est bâti sur des hypothèses contestables et sous-estime la nécessité de mesures réglementaires plus ambitieuses et surtout plus contraignantes. Ces propositions ne sont pas à la hauteur des problèmes que vous devez résoudre pour garantir la santé des citadins et contribuer à enrayer le changement climatique.
Il nous est en effet apparu que votre projet s´appuie principalement sur une hypothétique amélioration technique des véhicules (réduction des émissions polluantes des nouveaux modèles). Nous doutons que ces mesures soient suffisantes.
Il nous est également apparu que le mode d´évaluation de la pollution atmosphérique faisait problème. Le PPA considère la pollution en faisant une moyenne globale sur l´ensemble du territoire francilien (zones agricoles, proximité d´autoroutes, agglomérations et hypercentres). Cette manière de procéder masque l´acuité des problèmes de pollution dans les lieux les plus exposés.
Nous déplorons que les gaz à effet de serre et leur impact sur le changement climatique n´aient pas été pris en considération dans votre projet, alors que le sujet est de la plus grande importance ; la prévention des canicules ainsi que la gestion de leurs effets sont de votre ressort de même que les inondations et autres conséquences catastrophiques du dérèglement climatique.
Pour ces raisons, nous exprimons avec force et conviction la demande que ce plan prévoie une réduction substantielle de la circulation automobile en faisant une large place au développement des modes de déplacement alternatifs à la voiture individuelle (marche, vélo, rollers, transports en commun, auto-partage) dans les agglomérations.
Cette réduction de la circulation automobile ne doit pas donner lieu à un développement anarchique de l'utilisation des deux-roues motorisés, qui, au regard de leur réponse au besoin de déplacement, sont extrêmement polluants.
Dans ce cadre, la création de nouveaux aménagements cyclables et d´un réseau vert dans les agglomérations urbaines ainsi que de véloroutes et de voies vertes dans les zones non urbanisées devrait faire partie intégrante de votre projet.
Il devrait être prévu dans votre texte que les investissements routiers fassent désormais l´objet d´un moratoire et que les fonds soient transférés aux transports publics. Nous demandons également que soient fixés dans ce plan des objectifs réalistes de réduction de pollution atmosphérique par zone francilienne selon la densité et les sources principales d´émission.
Pour tenir compte du fait que le transport de marchandises représente une part importante de la pollution, nous demandons que le texte prévoie :
• l´interdiction de la circulation des poids lourds en transit notamment dans la zone dense,
• la création de parcs de véhicules utilitaires peu polluants partagés,
• le développement d´une politique de transfert du financement des voies routières sur le rail et les voies d´eau.
Nous demandons en outre que ce plan prévoie :
• l´obligation pour toutes les entreprises de mettre en place un PDE (Plan de déplacement d´entreprise),
• la généralisation de l´usage des véhicules propres pour les flottes de véhicules des services en ville (taxis, transports de marchandises, bus),
• le contrôle périodique obligatoire des niveaux de pollution sonore et atmosphérique du parc automobile et des deux roues motorisées.
Enfin, nous proposons, dans le cadre du nouveau SDRIF, que des formes d´urbanisation moins propice à une circulation routière intense et à la pollution qui l´accompagne soient étudiées et mises en oeuvre. Notamment, il nous apparaît souhaitable que la construction de nouveaux centres commerciaux et de cinémas multiplexes générateurs de circulation automobile soit largement remise en cause.
Par ailleurs, le Plan de Protection de l’atmosphère pour l’Ile de France fait une place importante aux mesures réglementaires sur les pics de pollution.
Même si ces dispositions s’imposent dans le contexte de pollution que nous connaissons en Ile de France, la mise en œuvre d’actions curatives ne peut en aucun cas constituer une politique de protection de l’atmosphère.
De plus, l’interprétation minimale des directives européennes conduira à rendre ces mesures inopérantes du fait des seuils de déclenchement inatteignables.
En outre, Erpurs ( programme d’Evaluation des Risques de la Pollution Urbaine sur la Santé) met en évidence le lien entre niveaux de particules et santé, et souligne la dangerosité des particules fines. Malgré les conséquences avérées pour la santé, les particules fines sont toujours hors du champ d’application des mesures en cas de concentration élevée.
En conséquence, nous demandons que les conditions de déclenchement et de mise en œuvre des mesures en cas de pic de pollution soient revues pour rendre ce plan plus ambitieux et efficace.
C´est ainsi que vous transformerez cette formalité administrative en un vrai projet de lutte contre la pollution dans la région que vous administrez.
Dans cette attente, veuillez recevoir, Monsieur le Préfet, nos salutations citoyennes