
Municipales à Paris : Alors, cette vélorution ?
L'amélioration des transports et la lutte contre les pollutions sont deux enjeux majeurs dans ces élections municipales parisiennes. Force est pourtant de constater le peu d’ambition et d’imagination dans les différents programmes : beaucoup de peinture verte mais bien peu de choix clairs en faveur d’un réel changement de paradigme.
Vélo : quelle perspective après les Vélib’ ?
Après le franc succès des vélos en libre service de JCDecaux, on pouvait rêver aux ambitieuses perspectives de développement de l’usage de la bicyclette à Paris qui auraient dû tout logiquement s'ouvrir. Las, ce succès semble avoir au contraire complètement bloqué l’horizon cycliste. De fait, on ne trouve aucun projet ambitieux à ce sujet dans les programmes des principales listes, rien qu'un service minimum : extension et amélioration du réseau cyclable (PS, Verts, MoDem), développement du stationnement public (Verts) et amélioration de l’inter-modalité (PS). C'est bien, mais ça manque singulièrement d'envergure ! Certes, les Verts évoquent une municipalisation du service de VLS, mais comment les prendre au sérieux alors qu’ils ont eux-mêmes contribué à confier ce service, et pour plusieurs années encore, à un opérateur privé ? Plus grave, avec l’élargissement des catégories de véhicules autorisées dans les couloirs de bus, le PS et l’UMP proposent une mesure franchement hostile aux cyclistes. On ne s'étonnera donc pas de ne lire aucun engagement en faveur du Code de la rue (ou très timidement chez les Verts), alors même que des villes comme Strasbourg ou Bordeaux en expérimentent déjà certaines mesures favorables aux déplacements à vélo, ni aucun projet pour améliorer le stationnement des vélos à domicile (notamment dans le logement social), aucune perspective d’augmentation des capacités de transport des bicyclettes personnelles dans les transports en commun, pas plus de généralisation des double-sens cyclables...
Un véhicule à moteur propre : ça n’existe pas, ça n’existe pas...
Ce manque d’ambition et cette réduction des problématiques vélos aux seuls Vélib’ est d’autant plus regrettable que s'y ajoutent d’importants projets en faveur des véhicules électriques, abusivement présentés comme “propres” : mise en location de voitures électriques (UMP, PS), aide financière et ouverture des couloirs de bus aux deux-roues électriques (PS), stationnement gratuit pour les voitures électriques (MoDem, PS) et deux-roues électriques en location (MoDem). Tous les programmes proposent des mesures pour limiter la présence des véhicules les plus polluants en ville, mais restent très flous sur les alternatives, notamment sur la relocalisation des activités nécessaire à la réduction des besoins en transport. L'UMP va jusqu'à proposer d'importants projets de parkings souterrains, qui, tout comme l'enfouissement de la RN 13, semblent plus une façon (extrêmement coûteuse) de cacher et de reporter les problèmes plutôt que de chercher à les résoudre.
En résumé, tous les programmes traduisent une vraie défiance vis-à-vis du transport sans moteur et la plupart, à l’exception des Verts, réaffirme leur engagement en faveur des véhicules motorisés, donc de la vitesse et de la consommation d’énergie.
Transports en commun : la fin du tunnel ?
L’agglomération parisienne est symboliquement marquée par la présence en surface des véhicules individuels et la relégation en sous-sol du principal transport en commun. L’UMP va franchement dans le sens de cette dichotomie en ne citant pratiquement que le métro comme TC ! Le MoDem, le PS et les Verts projettent quant à eux des développements du tramway, mais sans préciser le contexte de requalification de la chaussée qui les accompagnera. Les nouvelles lignes de tramway prendront-elles de la place aux voitures ou bien aux piétons et aux cyclistes ? On ne sait pas, on peut donc craindre le pire. Le projet de transport en commun sur la Seine pose la question de l’accaparement d’un nouvel espace urbain, jusque là relativement préservé. Enfin, différentes propositions en faveur de l’amélioration de l’offre de taxis, du covoiturage ou de la location de courte durée de voitures semblent aller dans le bon sens d’une réduction du nombre de véhicules motorisés dans Paris.
Mais, ici encore, on note une approche centrée sur l’offre de transport et une totale absence de réflexion sur la réduction du besoin de transport et de déplacement. Et si, au lieu de tout attendre de la construction, à échéance lointaine, d'une pharaonique nouvelle ligne de métro, on investissait dans le rapprochement des logements et des activités ?
Apaiser la ville
Si l’ensemble des programmes présentent des projets de réappropriation de l’espace urbain (couverture du périphérique pour les Verts, traitement de “points noirs” pour l'UMP, grands boulevards à double-sens pour le PS), aucun ne semble développer une approche vraiment cohérente, notamment en terme de réduction globale de la vitesse et de mixité. Si les Verts proposent de limiter la vitesse à 30 km/h, ils et elles limitent encore cette ambition aux axes moyens et petits. Les différents projets de réseaux de circulations douces (Verts, MoDem) et de piétonnisation (MoDem) des espaces semblent toujours vus comme des projets d’agrément et non des projets pour les déplacements utiles, et développent une approche catégorielle dont on voit pourtant déjà les limites. Aucun programme n’affiche clairement d’ambitions en matière d'apaisement et de mixité par la réduction généralisée de la vitesse, de la signalisation et de l’offre de stationnement automobile.
Avec des séries de mesures pas toujours très cohérentes et, surtout, ne traçant pas de claires perspectives de changement, les différents programmes électoraux ne semblent pas prendre la mesure des défis liés aux transports et aux pollutions dans l'agglomération parisienne. Sortir du paradigme automobile et du dogme de l'éternelle croissance des transports, réduire drastiquement les pollutions et la dépendance aux énergies fossiles, réinventer une ville urbaine et passante : les ambitions portées par de nombreux parisiens et de nombreuses parisiennes trouveront une nouvelle fois difficilement à s'exprimer les 9 et 16 mars prochains.